Entravelling

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Tout droit, tout droit, tout droit, se maintenir, rien à gauche, rien à droite, tout devant, y aller, coûte que coûte, ne pas basculer, ne pas dériver, être un Homme c’est être un lobe, un morceau de chair tendu droit devant, une petite érection avec ses soubresauts.
Azimutons !
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"Un auteur pas commode"
Un auteur qui n’a écrit qu’une pièce de théâtre, dont il n’a autorisé qu’une unique représentation sur ce qui était – à son avis – la meilleure scène du monde, par – toujours à son avis – le meilleur metteur en scène, et – encore à son avis – les meilleurs acteurs du monde, s’était, pour la première, avant même le lever de rideau, posté à la place du balcon qui s’y prêtait le mieux, mais ne pouvait être vue du public, et il avait pointé le fusil mitrailleur construit à son usage par la firme suisse Vetterli, et une fois le rideau levé il logeait une balle dans la tête à tout spectateur qui – à son avis – riait à contretemps. A la fin de la représentation, il n’y avait plus dans la salle de théâtre que des spectateurs exécutés par lui, et donc des spectateurs morts. Pendant toute la représentation, les acteurs et le directeur du théâtre ne s’étaient pas laissé distraire un instant par cet auteur peu commode et l’événement qu’il avait créé.
"Pise et Venise"
Les maires de Pise et de Venise s’étaient mis d’accord pour donner un choc aux visiteurs de leurs villes, qui, depuis des siècles, ont été régulièrement emballés par Pise aussi bien que par Venise, et ils avaient décidé de faire transporter et installer à Venise la tour de Pise et à Pise le campanile de Venise, en grand secret et de nuit. Mais ils n’avaient pas pu tenir leur projet secret, et, la nuit même où ils voulaient faire transférer la tour de Pise à Venise et le campanile de Venise à Pise, ils avaient été internés d’office, comme il se doit le maire de pise à l’asile de Pise et le maire de Venise à l’asile de Venise. Les autorités italiennes avaient su traiter l’affaire avec la plus grande discrétion.
"L’imagination"
Près du quartier copte du Caire nous avons été frappés par des rues entières où, dans les immeubles de quatre ou cinq étages, on élève des millions de poules, de chèvres et même de cochons. Nous avons essayé d’imaginer ce qu’on peut entendre quand ces maisons brûlent.
Thomas Bernhard, L’imitateur, extraits, traduction Jean-Claude Hémery.
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"Nous ne pouvons pas dire que le concept de « pathologique » soit le contradictoire logique du concept de « normal », car la vie à l’état pathologique n’est pas absence de normes mais présence d’autres normes. En toute rigueur, « pathologique » est le contraire vital de « sain » et non le contradictoire logique de normal. Dans le mot français « a-normal », le préfixe a est pris usuellement dans un sens de privation alors qu’il devrait l’être dans un sens de distorsion. Il suffit pour s’en convaincre de rapprocher le terme français des termes latins : abnormis, abnormitas; des termes allemands : abnorm, Abnormität ; des termes anglais : abnormal, abnormity. La maladie, l’état pathologique, ne sont pas perte d’une norme mais allure de la vie réglée par des normes vitalement inférieures ou dépréciées du fait qu’elles interdisent au vivant la participation active et aisée, génératrice de confiance et d’assurance, à un genre de vie qui était antérieurement le sien et qui reste permis à d’autres. On pourrait objecter, et du reste on l’a fait, qu’en parlant d’infériorité et de dépréciation nous faisons intervenir des notions purement subjectives. Et pourtant il ne s’agit pas ici de subjectivité individuelle, mais universelle. Car s’il existe un signe objectif de cette universelle réaction subjective d’écartement, c’est-à-dire de dépréciation vitale de la maladie, c’est précisément l’existence, coextensive de l’humanité dans l’espace et dans le temps, d’une médecine comme technique plus ou moins savante de la guérison des maladies."
Georges Canguilhem, la connaissance de la vie, Hachette, 1952.
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Tarkovski / Margarita Terekhova
envoyé par Alvin_singer

Commentaires (Un commentaire)
La beauté des mots, l’émotion procurée par les images qui libèrent l’imagination. De la poésie pure. Des interprétations à l’infini. L’esprit invente les normes pour les contredire, en recréer.
Tarkovski. Sublime.
L’intensité du regard de Frope…
Agathe / 15th juin, 2008, 18:56 / #
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