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La propriété et son moi

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Well the man in the crowd who is so well endowed
Is both honoured and proud to present what he’s found and it’s hard
But he’s lost in the blend of a world without end
And his only true friend cannot bend to the task cause he’s pissed
Yeah he’s pisses as a fart
So he bobs snd he […]

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A propos

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Articles récents

Hadopipi


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Black-out, alors…
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« Je suis triste

Je sens que l’avenir est sans espoir et que tout ça ne peut pas s’arranger

Je suis fatiguée et mécontente de tout

Je suis un échec total sur le plan humain

Je suis coupable, je suis punie

J’aimerais me tuer

J’étais capable de pleurer avant mais je suis maintenant au-delà des larmes

J’ai perdu tout intérêt pour les autres

Je ne peux pas prendre de décisions

Je ne peux pas manger

Je ne peux pas dormir

Je ne peux pas penser

Je ne peux pas vaincre ma solitude, ma peur, mon dégoût

Je suis grosse

Je ne peux pas écrire

Je ne peux pas aimer

Mon frère est mourant, mon amour est mourant, je les tue tous les deux

Je fonce vers ma mort

Je ne peux pas faire l’amour

Je ne peux pas baiser

Je ne peux pas rester seule

Je ne peux pas rester avec les autres
-
Je n’ai jamais eu de problème dans ma vie pour donner aux autres ce qu’ils veulent. Mais personne n’a jamais été capable d’en faire autant. Personne ne me touche, personne ne s’approche de moi. Mais vous vous m’avez touchée si profondément putain je n’arrive pas à le croire et je n’arrive pas à l’être autant. Parce que je n’arrive pas à vous trouver.
-
       la télévision parle
       des yeux partout
       les esprits de la vue

              et j’ai si peur maintenant

       je vois des choses
       j’entends des choses
       je ne sais pas qui je suis

         langue pendante
         pensée bloquée

le froissement lent de mon esprit

Où je commence ?
Où j’arrête ?
Comment je commence ?
(Puisque j’entends continuer)

Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ?
Comment j’arrête ? Une dose de souffrance
Comment j’arrête ? Qui me déchire les poumons
Comment j’arrête ? Une dose de mort
Comment j’arrête ? Qui me tort le cœur

          Je vais mourir
                              pas encore
                                              mais c’est là

S’il vous plait…
L’argent…
La femme…

Tout acte est symbole
dont le poids m’écrase

Une ligne en pointillé sur la gorge
                           A DECOUPER

NE LAISSEZ PAS CA ME TUER
CA VA ME TUER ET M’ECRASER ET
      M’ENVOYER EN ENFER

Je vous en supplie de me sauver de la folie qui me dévore »

 

Sarah Kane, 4.48 psychose
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Là-bas

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On finit avec ça. Comme on ne cesse de finir avec ça…

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Jean-Luc Godard : Cette distinction entre documentaire et fiction est un cliché qui dure depuis longtemps. Au contraire, à l’époque des Cahiers du cinéma, je me souviens d’une critique de Moi un Noir de Jean Rouch qui disait : c’est un très grand documentaire parce que c’est un très grand film de fiction. Dans Notre Musique, j’ai hésité entre : « Les Israéliens retrouvent le documentaire » et « les Israéliens retrouvent la fiction ». Il m’a semblé que, d’après l’histoire du sionisme, la seconde phrase était la plus juste : ils sont enfin sur la terre de leur fiction. Et cela correspond aussi à une phrase qu’Elias m’avait dite et que j’ai mise dans le film : « Quand un Israélien rêve la nuit, il ne rêve pas d’Israël mais de la Palestine. Tandis que, quand un Palestinien rêve la nuit, il rêve de la Palestine, et absolument pas d’Israël. »

Elias Sanbar : Cette phrase est en fait un bout d’une conversation que j’ai eue avec un ami israélien, sans polémique. J’essayais de lui expliquer que le rapport des forces n’était peut-être pas celui qu’il imaginait, parce qu’il y avait quelque chose qui échappait totalement aux Israéliens. Je lui disais : « Quand vous dormez, c’est nous qui occupons vos crânes. Vous occupez de la terre le jour. Nous occupons vos têtes la nuit. » Ce n’était pas une boutade. C’est, je crois, l’essence de la peur panique des Israéliens. Plus ils ont d’arsenal atomique, de divisions blindées et d’avions, plus ils sont en état de faiblesse.

En relation avec cela, je veux aussi apporter une précision quant à ce que Mahmoud Darwish dit dans le film à propos des vaincus. Il ne fait pas l’apologie de la défaite, mais l’apologie de la perte. Ce n’est pas du tout la même chose. Depuis vingt ans, ce thème est très ancré dans ses poèmes. Il a développé l’idée que, finalement, dans la guerre de Troie, les plus intéressants ne sont ni Achille, ni Hector, ni Ulysse, ce sont les Troyens. D’une certaine façon, nous sommes, parmi les Arabes, les Troyens. Ce n’est pas du tout pour valoriser la défaite, mais pour dire que dans la perte il y a infiniment plus d’humanité que dans l’accumulation des victoires. C’est peut-être là le sort qui nous a été donné de vivre. Mais il faut bien comprendre que nous n’aimons pas être victimes ; le statut de victime, nous le laissons à qui veut l’endosser.

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"Une vague dans ma main, qui se faufile et s’échappe, manœuvre autour du récif de ma poitrine, s’approche, retombe, se soumet, s’en remet, pour ne pas revenir à son état premier, sur la toison de la poitrine. Chaleur et humidité. Une vague comme un chat rongeant une pomme. Puis qui m’embrasse, frivole : " J’ai le droit de t’aimer, non ? Tu as le droit de m’aimer. "
L’amour n’est pas un droit, chaton ! Et moi, j’ai tout juste quarante ans. Elle se recroqueville dans un coin : " Et moi, je suis femme demi-lune, suivant docilement son mâle. " Chaleur et humidité, mais ce corps menu est comme climatisé : chaud en hiver, frais l’été. Un corps tendre, comme la plage d’une mer vierge dont aucun animal marin l’aurait encore souillé l’écume. Il glisse et s’éloigne. Il brûle et se rapproche. Une odeur de lait m’en sépare. Pourquoi ne pas accrocher ce petit soleil d’août à la chaise ? Pourquoi ne pas nager dans la blancheur du sommeil ? Et nous fermerons deux yeux brillants, la nuit. Parce que tu es petite …
Elle rugit : Je ne suis pas petite ! Je suis femme demi-lune qui suit docilement son mâle, qu’attire le parfum de la cardamome. N’aurais-je pas le droit de nager ?
Mais cette blancheur n’est pas la mer.
Elle se met en colère, ronge la pomme et ses ongles. Je rassemble ses lèvres entre mes doigts pour les arrondir en baiser.
- Tu vois, tu m’aimes. Reconnais que tu m’aimes. Dis-moi que tu m’aimes. Pourquoi ne bois-tu pas mon sel ?
- Parce que la soif ne s’accorde pas avec l’élégance de mon esprit.
Elle se fâche et retourne à son coin, s’y pelotonne :
- Je ne veux pas de poésie. Je n’aime pas la poésie. Je veux du corps, un morceau de corps. Lâche que tu es !
- Lâche pour ton propre intérêt, pas le mien.
- Qu’est-ce que cela peut te faire à toi, ce qui est à moi ?Je suis libre de faire ce que je veux avec ce qui m’appartient.
Elle se lève, s’approche. Ses miaulements se font rauques :
- Donne-moi quelque chose pour jouer. Donne-moi mon jouet, mon petit chat tendu et dressé, sur lequel je fais passer mes caresses jusqu’à sentir sa bave humide sur ma poitrine …
La vague menaçait de jaillir, mais une violente explosion vint ébranler les rochers. La vague bondit jusqu’à la chaussée, et je bondis vers mon lit."

Mahmoud Darwich "Une mémoire pour l’oubli"

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Il y a quelqu’un ?

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Boum boum boum !

Sur la porte.

La nuit.

J’ouvre.

X. un voisin. Et Y. un autre voisin.

Oui ?

Mandatés par le ministère, activités licencieuses, terrorisme potentiel, on t’embarque.

Je connais bien X. et Y. Un artisan, un chômeur, sans distinction particulière.

Hormis celle conférée par l’époque.

Activités en contradiction avec la ligne du ministère.

Oui. Quelques lignes sur Internet. Un esclandre au conseil municipal. Des manifestations.

Contraires à la ligne.

 

Nu, fouille, je tousse. X. et Y. matent.

De vieilles rancoeurs sans doute, jamais affirmées avant ça. Les relations courantes de la vie de voisinage, en bons termes, puis la mission supérieure incombant à l’individu lambda mais concerné vient purger toute cette déliquescence morale ambiante.

Z. témoigne. La boulangère. Elle ne sait pas grand chose. Elle ne faisait que juger mes vêtements, ma démarche, mes cheveux, mon corps, mes gestes.

Les voisins suivent la ligne, activement. Ils sont actifs, bénévolement, car il faut que la ligne vive. Des quidams, des individus quelconques ont décidés, suite à l’invitation ministérielle et la loi sur l’assermentation citoyenne, de prendre activement part à la politique de l’ordre républicain mise en place par le ministère.

 

3 nuits en cellule de « rattrapage citoyen ».

Inscription au fichier « 1EFE8VRE ».

 

Je croise parfois X. ou Y. ou les deux.

Nous ne disons rien ou presque. Le « bonjour » de rigueur. Ils ne semblent pas en souffrir, cela suffit à l’exercice de leur mission.

W. fait, paraît-il, de jolis débuts à la « mission de révélation des éléments perturbateurs de moins de 2 ans ». Son tableau de chasse est déjà bien fourni et il ne compte qu’un seul nourrisson mort à ce jour.  

 

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« Je vous vois venir : vous allez encore dire que j’exagère, que je me fais plaisir mais que je surinterprète. me faire plaisir, je ne demande pas mieux, mais, quant à surinterpréter, c’est vous qui exagérez. C’est vrai, j’y vois beaucoup de choses dans cet escargot ; mais après tout, si le peintre l’a peint de cette façon, c’est bien pour qu’on le voie et qu’on se demande ce qu’il vient faire là. Vous trouvez ça normal, vous ? Dans le somptueux palais de Marie, au moment (ô combien sacré de l’Annonciation, un gros escargot qui chemine, yeux bien tendus, de l’Ange vers la Vierge, vous n’y trouvez rien à redire ? Et au tout premier plain, pour un peu, on verrait la piste que sa bave trace derrière lui ! Dans le palais de Marie, si propre, si pure, la Vierge immaculée, ce baveux fait plutôt désordre et, en plus, il est tout sauf discret. Loin de le cacher, le peintre l’a mis sous nos yeux, immanquable. On finit par ne plus voir que lui, par ne plus penser qu’à lui, qu’à ça : qu’est-ce qu’il fait là ? »

Daniel Arasse ; « On n’y voit rien »

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« Vous pourriez, en prenant seulement votre voiture, vous rendre chez moi et me tuer sans débourser d’autres frais qu’un peu d’essence ; cependant, si vous tenez absolument à dépenser mille dollars, je vous propose une autre solution : je vous descends d’un coup de revolver et ensuite je donnerai l’argent à ceux qui se battent pour une société libre où il n’y aura plus ni assassins ni présidents, ni mendiants ni sénateurs. »

Réponse de Voltairine de Cleyre au sénateur Joseph R. Hawley qui avait offert une prime de 1000 dollars à quiconque tuerait un anarchiste.

 

L’atoll est rance

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Les goûts, les couleurs, etc.

Ca ne se discute pas, on ne discute pas, à quoi bon, c’est mon droit, c’est ton droit, ça veut dire que nous sommes différents ou bien pareils. C’est la même chose finalement, différents parce que humains, identiques parce que frères. Un clin d’oeil ou bien un coup de poing, on reste soi-même. Chacun son segment, chacun son marché, ou le même marché. Son île ou sa métropole, ou son petit village bucolique, ou son HLM nostalgique. C’est bien rangé, ça ne suinte pas. Ca peut durer même si c’est déjà mort…    

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"Que l’industrie des médias fasse son profit comme elle peut, c’est, dans le système institué, logique : son affaire, c’est les affaires. Qu’elle trouve des scribes sans scrupule pour jouer ce jeu n’est pas étonnant non plus. Mais tout cela a encore une autre condition de possibilité : l’attitude du public. Les « auteurs » et leurs promoteurs fabriquent et vendent de la camelote. Mais le public l’achète – et n’y voit que de la camelote, des fast-foods. Loin de fournir un motif de consolation, cela traduit une dégradation catastrophique, et qui risque de devenir irréversible, de la relation du public à l’écrit. Plus les gens lisent, moins ils lisent. Ils lisent les livres qu’on leur présente comme « philosophiques » comme ils lisent les romans policiers. En un sens, certes, ils n’ont pas tort. Mais, en un autre sens, ils désapprennent à lire, à réfléchir, à critiquer. Ils se mettent simplement au courant, comme l’écrivait L’Obs il y a quelques semaines, du « débat le plus chic de la saison ».
Derrière cela, des facteurs historiquement lourds. Corruption des mécanismes mentaux par cinquante ans de mystification totalitaire : des gens qui ont si longtemps accepté l’idée que la terreur stalinienne représentait la forme la plus avancée de la démocratie n’ont pas besoin de grandes contorsions intellectuelles pour avaler l’affirmation que la démocratie athénienne (ou l’autogestion) équivaut au totalitarisme. Mais aussi la crise de l’époque, l’esprit du temps. Minable époque, qui, dans son impuissance à créer ou à reconnaître le nouveau, en est déduite à toujours resucer, remastiquer, recracher, revomir une tradition qu’elle n’est même pas capable de vraiment connaître et de vraiment faire vivre.
Il faut enfin aussi – à la fois condition et résultat de cette évolution – l’altération et la dégradation essentielle de la fonction traditionnelle de la critique. Il faut que la critique cesse d’être critique et devienne, plus ou moins, partie de l’industrie promotionnelle et publicitaire.
Il ne s’agit pas ici de la critique de l’art, qui pose d’autres questions ; ni de la critique dans les domaines des sciences exactes, ou des disciplines spécialisées, où jusqu’ici la communauté des chercheurs a su imposer l’ethos scientifique. Dans ces domaines, du reste, les mystifications sont rares aussi pour une bonne raison : trafiquer les coutumes des Bamilékés ou les décimales de la constante de Planck ne rapporte rien.
Mais trafiquer les idées générales – à l’intersection des « sciences humaines », de la philosophie et de la pensée politique – commence à rapporter beaucoup, notamment en France. Et c’est ici que la fonction de la critique pouvait et devait être importante, non pas parce qu’elle est facile, mais précisément parce qu’elle est difficile. Devant un au-teur qui prétend parler de la totalité de l’histoire humaine et des questions qu’elle soulève, qui et comment peut distinguer s’il s’agit d’un nouveau Platon, Aristote, Montesquieu, Rousseau, Hegel, Marx, Tocqueville – ou d’un faux-monnayeur ?
Que l’on ne vienne pas me dire que c’est aux lecteurs de juger : c’est évident, et futile. Ni que j’invite la critique à fonctionner comme censure, à faire écran entre les auteurs et le public. Ce serait d’une insigne hypocrisie. Car la critique contemporaine accomplit massivement déjà cette fonction de censure : elle enterre sous le silence tout ce qui n’est pas à la mode et tout ce qui est difficile. Parmi ses plus beaux fleurons de honte, par exemple : elle ne mentionne, fugitivement, Lévinas que depuis que celui-ci, pillé-haché menu, a été utilisé dans la macédoine-Lévy. Et elle impose, pour autant que cela dépend d’elle, les « produits ». À croire les critiques français, on n’a produit dans ce pays depuis trente ans que des chefs-d’oeuvre ; et rien qui soit mauvais ou critiquable. Il y a belle lurette que je n’ai vu un critique critiquer vraiment un auteur. (Je ne parle pas des cas où la critique est obligée de se faire 1’écho de polémiques entre auteurs ; ni des critiques « politiquement » orientées.) Tout ce qui est publié – tout ce dont on parle – est merveilleux. Le résultat serait-il différent s’il y avait une censure préalable et si les critiques écrivaient sur ordre ? L’asservissement commercial-publicitaire ne diffère pas tellement, de ce point de vue, de l’asservissement totalitaire."

Cornelius Castoriadis, « L’industrie du vide » (Le Nouvel Observateur, 9 juillet 1979) ; extrait.

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www.youtube.com/watch

Guy Deborloo


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La voiture électrique de Bolloré.

Le nucléaire propre, sans déchets d’Areva.

La décharge électrique qui chatouille du Taser.

Les éoliennes muettes et majestueuses qui modernisent l’horizon.

L’argent qui n’a pas d’odeur.

Les portables sans ondes, les télévisions sans rayonnement, les mammoplasties sans rejet, les pollueurs payeurs.

Les voitures et les marchés avec régulateur.

Les horodateurs solaires.

Les profits prophylactiques.

Le temps qui passe sans à-coups, souple, à vitesse limitée, bénéficiant du bonus écolo, avec triangle et gilet fluo pour tous.

Agir ensemble contre le pire ; Synergie, mutualisation, intelligence collective, FMI.

Fume et tue.

Sperme AOC, incinération verte, développement du râble, Algéco-taxes…

A cheval sur son clone (5000 Euros TTC), à la conquête de l’ouest.

Robots basse consommation, postes de travail stérilisés, domination hygiéniste, chaises électriques photovoltaïques, aliénation recyclable.

Réactualisation, réinvestissement, répétition, récupération, ré-injection, moteurs à réaction.

Clins d’œil de Palin : énergie faux cils.

Peur bleue ciel. Ligne jaune.

Dolce Vita.

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« Comment ne pas voir que le ressort principal de la croissance réside dans cette fuite en avant généralisée que stimule une inégalité délibérément entretenue : dans ce que Ivan Illich appelle "la modernisation de la pauvreté " ? Dès que la masse peut espérer accéder à ce qui était jusque-là un privilège de l’élite, ce privilège (le bac, la voiture, le téléviseur) est dévalorisé par là même, le seuil de la pauvreté est haussé d’un cran, de nouveaux privilèges sont créés dont la masse est exclue. Recréant sans cesse la rareté pour recréer l’inégalité et la hiérarchie, la société engendre plus de besoins insatisfaits qu’elle n’en comble, le taux de croissance de la frustration excède largement celui de la production " (lllich). Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse - pourtant entièrement illusoire - qu’ils cesseront un jour d’être " sous-privilégiés", et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser "au-dessus " des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as " mieux " que les autres. Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n ’y a pas de pauvres. (…)

Supposez dans chaque immeuble collectif deux ou trois salles de télévision (une par programme) ; une salle de jeux pour les enfants ; un atelier bien équipé de bricolage ; une buanderie avec aire de séchage et de repassage : aurez-vous encore besoin de tous vos équipements individuels, et irez-vous encore vous embouteiller sur les routes s’il y a des transports collectifs commodes vers les lieux de détente, des parcs de bicyclettes et de cyclomoteurs sur place, un réseau dense de transports en commun pour les banlieues et les villes ? (…)

C’est une utopie ? Ce peut être un programme. Car cette "utopie " correspond à la forme la plus avancée, et non la plus fruste, du socialisme : à une société sans bureaucratie, où le marché dépérit, où il y en a assez pour tous et où les gens sont individuellement et collectivement libres de façonner leur vie, de choisir ce qu’ils veulent faire et avoir en plus du nécessaire : une société où "le libre développement de tous serait à la fois le but et la condition du libre développement de chacun ". Marx dixit. »

André Gorz - 1974

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« Le goût de la conformité vertueuse, la haine et la peur panique de l’histoire, sinon comme caricature univoque et fléchée, ont atteint un point tel qu’à côté de ce qu’est aujourd’hui un citoyenniste, avec ses indignations calibrées et labellisées, son hypocrisie de curé, sa lâcheté devant tout conflit direct, n’importe quel intellectuel de gauche des années cinquante ou soixante passerait presque pour un farouche libertaire débordant de combativité, de fantaisie et d’humour. A observer une telle normalisation des esprits, on en arriverait à l’action d’une police de la pensée. En fait l’adhésion au consensus est le produit spontané du sentiment d’impuissance, de l’anxiété qu’il entraîne, et du besoin de rechercher la protection de la collectivité organisée par un surcroît d’abandon à la société totale. La mise en doute de n’importe laquelle des certitudes démocratiquement validées par l’assentiment général - les bienfaits de la culture par Internet ou ceux de la médecine de pointe - pourrait laisser soupçonner une déviation par rapport à la ligne de l’orthodoxie admise, peut-être même une pensée indépendante, voir un jugement portant sur la totalité de la vie aliénée. Et qui est-on pour se le permettre ? Tout cela n’est pas sas rappeler d’assez près la maxime de la soumission militante, perinde ac cadaver, ainsi que l’avait formulée Trotski : « Le Parti a toujours raison. » Mais alors que dans les sociétés bureaucratiques totalitaires la contrainte était ressentie comme telle par les masses, et que c’était un redoutable privilège des militants et des apparatchiks de devoir croire à la fiction d’un choix possible - pour ou contre la patrie socialiste, la classe ouvrière, le Parti -, c’est-à-dire d’avoir à mettre constamment à l’épreuve une orthodoxie jamais assurée, ce privilège est maintenant démocratisé, quoique avec moins d’intensité dramatique : pas question de s’opposer au bien de la société, ou à ce qu’elle y déclare nécessaire. C’est un devoir civique que d’être en bonne santé, culturellement à jour, connecté, etc. Les impératifs écologiques sont l’ultime argument sans réplique. Qui ne s’opposerait à la pédophilie, certes, mais surtout qui s’opposerait au maintien de l’organisation sociale qui permettra de sauver l’humanité, la planète et la biosphère ? Il y a là comme une aubaine pour un caractère « citoyen » déjà bien trempé et répandu. »

René Riesel et Jaime Semprun. (avril 2008)

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Ha ça (ira)…

 

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Mais où est l’opposition ?

Bah oui, l’opposition démocratique, l’opposition parlementaire, l’opposant(e) préféré(e) de l’opinion.

Ha, ça…

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« Selon certaines analyses d’inspiration féministe, la femme fatale dans le film noir classique est punie au niveau de la ligne narrative explicite. Autrement dit, elle est détruite pour avoir fait preuve d’assurance et pour avoir porté atteinte à la domination patriarcale masculine, pour l’avoir menacée: « le mythe de la femme forte, sexuellement agressive, permet dans un premier temps l’expression sensuelle de son dangereux pouvoir et de ses conséquences effrayantes, avant qu’elle ne soit détruite, traduisant ainsi l’inquiétude refoulée suscitée par la menace féminine qui pèse sur la domination masculine » ; la femme fatale « perd finalement sa capacité à se mouvoir, n’influe plus sur le mouvement de la caméra, et est souvent, en réalité ou symboliquement, emprisonnée par la composition de l’image, alors même qu’un contrôle, exprimé visuellement, est exercé sur elle et, […] que parfois même elle est représentée comme étant heureuse, sous la protection d’un amant ». Cependant, bien qu’elle soit détruite ou apprivoisée, son image survit à sa destruction physique comme l’élément qui domine effectivement la scène – c’est en cela, dans la manière dont la texture du film trompe et subvertit sa ligne narrative explicite, que résiderait le caractère subversif des films noirs. À l’encontre du cinéma noir classique, le néo-noir des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, de La fièvre au corps à The Last Seduction, autorise ouvertement, au niveau même du récit explicite, la femme fatale à triompher, à réduire son partenaire à un imbécile condamné à mort – elle survit, riche et seule, après être passée sur le corps de son partenaire. Elle ne survit pas sous la forme d’une menace spectrale, « morte-vivante » qui dominerait libidinalement la scène après sa destruction physique et sociale; elle triomphe directement, dans la réalité sociale elle-même. En quoi le côté subversif de la figure de la femme fatale est-il affecté? Le fait que son triomphe soit réel ne sape-t-il pas son triomphe spectral/fantasmatique (on est même tenté de dire : sublime), de sorte que, plutôt qu’une menace spectrale toute-puissante, indestructible dans sa destruction physique même, elle se révèle être une simple « salope », vulgaire, manipulatrice et froide, privée de toute aura? En d’autres termes, serions-nous ici pris dans la dialectique de la perte et du sublime, dans laquelle la destruction empirique est le prix à payer pour gagner l’omnipotence spectrale?
Peut-être faut-il d’abord changer les termes du débat en soulignant que loin de représenter une menace pour l’identité patriarcale masculine, la femme fatale classique – véritable fantasme masochiste-paranoïaque masculin de la femme sexuellement insatiable qui, nous dominant tout en jouissant de sa propre souffrance, provoque en nous le désir de la prendre violemment et d’abuser d’elle – fonctionne comme la « transgression constitutive » de l’univers patriarcal symbolique. Le fantasme de la femme toute-puissante, dont l’attraction irrésistible présente une menace non seulement pour la domination masculine mais aussi pour l’identité même du sujet masculin, est le « fantasme fondamental » contre lequel l’identité masculine symbolique se définit et se maintient. La menace représentée par la femme fatale est ainsi factice, puisqu’elle est en fait le soutien fantasmatique de la domination masculine, la figure de l’ennemi engendrée par le système patriarcal lui-même. Pour utiliser une expression de Judith Butler, la femme fatale est l’« attachement passionnel » fondamental et désavoué du sujet masculin moderne, une formation fantasmatique nécessaire mais qui ne peut être ouvertement assumée, de sorte qu’elle peut être évoquée à la seule condition que, au niveau de la ligne narrative explicite (qui représente la sphère socio-symbolique publique), elle soit punie et que l’ordre de la domination masculine soit réaffirmé. Pour le dire en termes foucaldiens, de même que le discours sur la sexualité, sur son « refoulement » et sa régulation, crée le sexe en tant qu’entité mystérieuse et impénétrable à conquérir, le discours patriarcal érotique crée la femme fatale en tant que menace constitutive contre laquelle l’identité masculine devrait s’affirmer. La prouesse du néo-noir est précisément de révéler ce fantasme sous-jacent : la nouvelle femme fatale qui accepte pleinement le jeu masculin de la manipulation, et qui, pour ainsi dire, triomphe à ce jeu, menace bien plus efficacement la Loi paternelle que la femme fatale spectrale classique. »

 

Slavoj Žižek, Lynch et la figure de la femme fatale, extrait du chapitre "David Lynch ou l’art du sublime ridicule", p. 230-237.

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Ha oui, la loi sur la parité…

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Balkan.Erotic.Epic.Marina.Abramovic
envoyé par DocParano

Monsieur, purgeons !

 

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Sur le plateau du gros JT de 20 heures, il met le feu à la grande table. Puis aux fauteuils. Et au décor. Il crache sur les caméras. Il lance les sujets du jour. Sur les écrans, la fumée se mêle aux coulures.

Dans la longue procession du défilé du 14 juillet, il sort du rang, marche en biais, mitraille la tribune, vise les alphajets, un char Leclerc le prend en stop. Il étrangle le pilote et roule sur les militaires qui ne s’écartent pas.

Dans l’usine, les machines emboutissent les pièces à l’envers, puis les mains des opérateurs, des têtes aussi, le sang dégouline le long des tableaux de contrôle. Les voitures sont tordues et grumeleuses.

Les lions s’échappent de la piste, sautent dans la foule, attaquent les gorges, les membres, la police tire au hasard, des lions tombent, des enfants aussi, la terre battue de la piste absorbe les liquides.

 Le boucher n’est pas attentif. Sa femme devient du boudin. Le boucher mange seul le soir. Du boudin.

Les jumeaux jouent avec l’arme de service de leur père policier. Fils unique, c’est mieux.

Il fait sauter le pétrolier. Qui coule. La nappe noire recouvre tout, les nageurs avalent le pétrole, le pétrole bouche les yeux, les oreilles. Il essaie de mettre le feu à tout ça.

A contre-sens sur l’autoroute, il vise les motos. Puis un camion.

Le grand journaliste, grand irrévérencieux, dit au grand président petit garçon. Le grand président coupe les jambe du grand garçon avec une hache. Le tronc tient mal sur le siège. Il tombe.

Les clandestins sur leur bateau, sur la Méditerranée, meurent au soleil. On jette les cadavres à la mer. Des femmes accouchent. On jette les morts-nés à la mer.

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 "Nous entrons dans la période animale de l’histoire. Et dans l’histoire animale, il n’y a que deux facteurs qui comptent : reproduction et climat. Nous entrons dans la période zoologique de l’histoire. Zoographique. À la lutte des classes, succède la guerre des animaux."

 

"Ils ont prétendu être les maîtres du langage, Andréa, alors qu’ils n’en étaient que le jouet ; […] ils ont forfait, ils ont forfait ! Leurs restes seront dispersés, leurs noms bouffés aux oiseaux. […] Exogène, toi qui as décidé d’éclairer ton garage toute la nuit pour que les rats admirent ta Mercedes - ton squelette sera dispersé comme une carrosserie lancée en poussières et semée sur des bretelles d’autoroute sans issue !"

 

"Tout vivant surpris à clopiner en état de marche devra désormais porter au dos sa date limite écrite en clair sur le couvercle !"

 

"Un attentat sous X vient d’être commis dans la ville sainte de Provins afin de donner à Dieu un signal fort."

 

"La machine à raccourcir l’alphabet compte une lettre de trop ; la machine à tromper les chiffres efface l’éponge et annule tout ; la machine à suivre les nombres reprend le compte à zéro ; la machine à connaître le bien et le mal pousse dans tous les sens […]"

 

"Loin d’ici metteurs en chose, metteur en ordre, adaptateurs tout-à-la-scène , poseurs de thèse, phraseurs de pose, imbus, férus, sclérotes, doxiens , dogmates, segmentateurs en chef, connotateurs, metteur en poche, adaptateurs en chef, artistes auto-déclarés, as de la conférence de presse, médiaturges, médiadogues, encombreurs de plateau, traducteurs d’adaptations, et adaptateurs de traduction, vidéastes de charités, humains professionnels, librettistes sous influence, sécheurs d’âmes, suiveurs de tout, improvisateurs de chansons toutes faites, loin d’ici, Monsieur Purgon ! mettez-les loin d’ici."

 

Valère NOVARINA

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DIABOLIK
envoyé par dante066

Attractions féériques


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L’ORTF revient… disent-ils…

Le GRM a cinquante ans…
www.ina.fr/grm/
Le Service de la Recherche de l’ORTF n’est plus.
Pierre Schaeffer est mort.
Xenakis est mort.
Ferrari est mort.
Bayle est vivant.
Parmegiani est vivant.
Rouxel est mort.
Kamler est vivant.

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www.ubu.com/film/kamler.html
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Les films sont là, le Gai Savoir est là, les musiques sont là… et ne sont pas vus, pas écoutés, pas montrés.
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Le retour de rien.
La continuation d’un effacement.
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Une mission éphémère - Piotr Kamler
envoyé par Pigasus_Power

D’ire

 

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 Un centre de rétention, c’est quoi ?

C’est rien, c’est bien. Il le faut.

Mais…

C’est tout. C’est.

Une prison ?

Nécessaire. Une chose nécessaire.

C’est quoi ?

Une nécessité, ce n’est rien d’autre. C’est, parce que c’est comme ça.

Guantanamo ?

C’est mais ça n’existe pas vraiment. Ca n’existe pas pour ceux qui n’y sont pas. C’est leur monde.

Et le reste, l’en-dehors, ce qui n’est pas dedans ?

C’est nous. Les vivants.

Les vivants ?

Oui. Tu sais que tu es vivant. Savent-ils qu’ils sont vivants, savent-ils que tu es vivant ? C’est comme ça. Tu es vivant. Eux ; je ne sais plus… Ils ne parlent pas. Ils n’ont rien à dire, pas d’histoire. Un camp n’a pas d’histoire.

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« La littérature n’est évidemment pas sa propre fin. Ce dont elle parle, d’où elle arrive, n’est pas. Elle ne peut donc jamais parler de ce dont elle parle. Elle dit toujours autre chose, que nous entendons plus ou moins. En aucune façon ce dont elle parle ne constitue une fin, ou une origine. Rien ne permet par conséquent de la définir. Mais ce n’est pas non plus une "parole vaine", non : il n’y a pas de parole vaine. Peut-être ressemble-t-elle à ces figures égyptiennes qui s’avancent d’un pas toujours égal, la tête retournée en arrière et le regard fixé sur leur invisible provenance. Mais dont on ne sait jamais vers où, ainsi attirées en sens inverse, elles se dirigent. Ni ce dont elles refusent ou sont incapables de soutenir, devant elles, l’approche.
De "quoi", de "qui", nous détournons-nous ? »

 

"L’histoire que je voudrais raconter (ou réciter : c’est peut-être malheureusement une sorte de mythe) est donc celle d’un renoncement.
"Renoncer" a voulu dire : annoncer, énoncer. "Phraser", en grec, dit à peu près la même chose. Aujourd’hui toutefois "renoncer" signifie : ne plus vouloir, accepter. Par exemple un destin, ou une fatalité : ce qui est dit.
Admettons par conséquent qu’il faille apprendre à renoncer, lentement; à ne plus vouloir prononcer.
Alors il peut y avoir phrase : toujours la même, jamais elle-même; revenant de loin, nombreuse, saccadée.
Il est inévitable que nul ne soit prophète en sa langue.
(…) Aujourd’hui, dans le saccage général, la désolation est à son comble. Simple constat historique : cette nouveauté n’en est pas une. Ou bien l’est trop. Regardez autour de vous, écoutez surtout.
Il n’empêche que ce qui se passe, et nous passe, demeure l’énigme.
Le commencement tarde toujours. Pourtant il aura suffi d’une main posée sur la nuque (sans la moindre autorité, sans la moindre soumission), d’un laconique "je t’expliquerai", d’une nuit entière (jusqu’à son blanchiment) passée dans l’approximation, le bruit et le silence des voix, le récit limpide de ce que nous ignorions de nous et persistons à ignorer.
Il peut suffire, chaque fois, de moins ; de beaucoup moins. L’approximation est sans terme, mais aussi démunis que nous soyons, nous sommes contraints de le déclarer.
J’appelle aussi bien littérature cette paraphrase infinie. »

 

Philippe Lacoue-Labarthe, "Phrase" (Christian Bourgois, 2000)

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« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu des jolis mots à la Prudhomme.
Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et très complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine que l’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »

Gustave Flaubert, Lettre à George Sand. Croisset, mercredi soir, 12 juin 1867 ( in Flaubert Correspondance. Pléiade. Tome 3) 

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Meshes Of The Afternoon,( maya deren)
envoyé par zohilof